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J'ai pas vraiment vu les années défiler. Et je dis ça, genre je me trimballe un putain de passé à rallonge. Pourtant c'est un peu le cas, mine de rien. Y en a qui diront que c'est pour la frime, et moi je répondrais que je m'en branle. Comme si dans la rue, quand tu marches, tu portes tes stigmates en étendard. Regardez moi, regardez moi tous bien, je pisse le sang et je vais m'écrouler, prend des photos, toi le touriste jap', ça fera un souvenir à montrer à tes potes de travail. C'est que c'est une putain de loterie, tout ce cirque. Et c'est que ça te fait perdre le sens des réalités, des fois. Ca t'épargne pas, ça t'épargne jamais. A tous les niveaux, ça se charge de bien te baiser, même si t'avais rien réclamé. La vie scabreuse, elle est pas à l'image des junkies heroine pressing cocaine baby. C'est pas une aiguille qu'on a fait tourner dans un squat, ni même une ligne de coke qui s'égare en poussière strass sur ton joli pantalon Temps Des Cerises. C'est ce que tu dissimules, au fin fond de tes prunelles. Pas palpable, c'est toi au comptoir, qui te noie dans un café noir. C'est le quotidien qui t'égorge et te fait marcher comme un automate. Sourire alors que ça hurle de désespoir. Tu baisses le son mais ça s'égare jamais vraiment.  C'est ces millions de corps, qui courent dans tous les sens, crevés, vidés. Qui tentent de se donner un consistance. A se demander si c'est pas déjà trop tard, à se demander si c'est encore faisable. Ils foncent tête baissé, grognent leur indifférence alors qu'ils agonisent sous ses coups de trique. Réglés comme des bombes à retardement, prêt à t'exploser à la gueule et t'éparpiller au sol.

Je repense à une citation que j'avais vu sur un blog, chez lui je crois bien. Je voudrais continuer à ignorer pourquoi j'en étais arrivé là. Tout ce que je savais, c'est que j'avais perdu beaucoup de temps à essayer de devenir ce que je ne serais jamais, et qu'après ça avait été la dégringolade. J'avais appris cette dernière phrase par coeur, tellement elle s'était tapée contre les parois de ma cervelle. Elle m'a pas quitté depuis ce jour, devenue une partie de moi, sans que j'y demande quelque chose. Tellement ça a pu me foutre un coup au bide, tellement la vérité, parfois, elle est pas bonne à dire. J'aurais jamais pensé que pour moi, ça allait commencer aussi tôt. Tomber avant même de tenir debout, tête haute. Certains, ils diront que c'est rien qu'une solution de facilité, qu'on le recherche tout ce bordel. Je sais plus qui a raison ou qui a tord. Je sais même plus qui je suis, alors l'autre. C'est qu'on s'y enferme, dans sa tête. A double tours, on fout les bouchées doubles. L'esprit tremble, mais ne s'échappe jamais. Il est paumé dans le néant, n'attend plus qu'on le réveille. Soubresauts, puis s'éteint.

Déloge toi de ton lost paradise, descend, dévale, fait comme tu le sens, mais reviens sur la terre ferme. Trahis tes pensées, trahis ce que tu es. Encaisse, jours après jours, mois après mois, années après années. Rejoins cette grande farandole et fait tout pour dissimuler qui tu es. Sois une poupée, arrête d'exister. Fais des choses qui servent à rien et sois content pour toute cette merde qu'on t'a offert. C'est qu'on est dépecé, cadeau empoisonné. Aliéné, c'est que le rebel without a cause, il a fini par se suicider. Regarde rubriques chiens écrasés, il a pas supporté. Qu'on se joue de lui, pour ne plus en faire qu'un simple mirage. Le type, il pouvait plus tenir debout, au milieu de tout ça. Y avait plus rien à murmurer, c'était un peu le destin. A moins qu'il n'y ait jamais rien eu à dire, et que tout ça, c'était rien que du soufflée. Douleur en filigramme, c'est bien la seule chose réelle. Et on se demande si tout ça, ça va encore durer. Mais faut suivre le rythme, même si la cadence te parait infernale. On fera tout pour que t'arrêtes d'y penser.

juliette lewis . rid of me (pj harvey cover)