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Polnareff à l'autre bout du fil. Je sais pas ce qui pousse B. à toujours garder la musique en mode grosse gueulante quand il m'appelle. Sans doute qu'il sait que ça m'énerve. Parfois, je me demande comment il fait, comment il gère. C'est peut-être ça, son truc. Cette façon qu'il a eu de couper net d'avec l'extérieur. La seule chose qu'il a conservé. Presque vital. Il a jamais pu s'en passer. Genre s'il venait à poser le pied dehors, je suis sûre qu'il partirait en fumée. Je peux pas imaginer ça autrement. Je sais pas, juste très flippant.

Sa voix déraille un peu. Il finit par baisser. Je lui demande s'il veut que je passe mais il en voit pas l'utilité. Faut dire que ça faire déjà trois ans qu'il voit plus l'utilité de rien. Il a peur qu'à force de trop zoner dans ses pattes, je termine comme lui, dix milles crochets sur la porte et une armoire à pharmacie aussi remplie que les dessous de lit d'un toxicomane. Un peu dans le vide, je lui lance qu'au final, ça serait franchement pas plus mal. Je suis sûre qu'il a envie de rire, à cet instant. Même si c'est vraiment craignos. Quelque part, ça me rassure presque. Me dire qu'il se tient encore à un fil, même si c'est pas grand chose. Le soulagement qu'on s'autorise. Peut-être que c'est que de la fumisterie mais à tout casser je prends.

Quelques heures passées en compagnie de N. Elle me présente son nouveau mec, prototype du beau gosse, n'ayant pas été franchement touché par la grâce divine (sauf peut-être ses fesses, en fait). Bref de la connerie à la limite du scandaleux. Je prends sur moi pour pas laisser échapper un petit cri, bouleversée. Elle a l'air joviale, c'est vraiment beau à voir. J'en déduis que c'est un bon coup (remarquez que je trouve l'estime là où je peux). Elle me parle de son projet, de sa nouvelle vie. Qu'elle en marre de claquer sa vie dans un taff qu'elle déteste, qu'elle veut changer. Moi aussi, ma grande, mais c'est pas pour ça que je me tape n'importe quoi et que je bois, Bukowski des grands jours (parce que je le vois bien, que tu te ressers régulièrement de ma vodka depuis près d'une heure, là). Elle m'explique qu'elle va sans doute enregistrer une maquette, mais que c'est pas sûre, mais que ça se fera quand même, tôt ou tard. S'ensuit une explication sur le destin, truc métaphysique. Je baille, tu bailles, nous baillons. Tiens, je crois même que ton mec a plongé, en fait. C'est carrément brouillon, je crois qu'elle est définitivement bourrée. Donc j'ai envie de boire, histoire de me payer un coma éthylique, pour ne plus la voir. Et puis je me dis que la vie, ça devrait être aussi simple que twitter. Elle serait devenue mon unfollow tuesday en quelques secondes. Pas par méchanceté gratuite, juste à cause de cette incompréhension grandissante face à quelqu'un que je ne reconnais plus. Et c'est moche de penser ça et j'aime pas. Peut-être parce que j'ai un bon fond, en fait. Une page qui se tourne, allez savoir.

Et puis bon, dans la rubrique on s'en fout doublement (ajoutons à ça que ça me tourmentait pas mal de ne plus parler musique merdique et films obscurs), Courtney Love (Hole?) va ENFIN sortir son nouvel album. Un peu d'appréhension quand même. Pas musicalement mais juste que j'ai toujours un peu de mal à encaisser le choc physique avec elle. Je veux dire, toute cette chirurgie, ce bidouillage photoshop ect. Comme si son visage allait dégouliner sur le papier alors que bon, malgré tous les efforts du monde, elle continue à faire 20 ans de plus que son âge. Badant. Pourtant, elle continue de m'épater, jour après jour alors que sérieux, qu'est-ce qu'elle peut être fatigante. Une vraie californienne, en somme. Respect.

elastica . see that animal