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Plus je prends de la gueule et plus je me rends compte que j'en ai plus rien à foutre. Je deviens imperméable à la vie, à sa banalité affligeante. J'ai compris ça sur l'escalator de Montparnasse, alors que je rejoignais la ligne 12. Un long corridor chiant, où se succèdent mille et un visages tout aussi pénibles. Je crois que j'ai fini par me laisser bouffer par ma solitude et mon aigreur, aller savoir. De toute façon, ça se voit sur ma tronche. Toute la misère du monde. On me dit, souris, t'es tellement plus jolie. Sauf que ça n'a jamais marché comme ça. Rien n'est aussi simple dans la vie, quoi qu'on en dise...

Je claque des talons sur le bitume et je longe ma rue comme si cette dernière n'allait jamais finir. Je traverse la foule comme je traverse le matin triste d'une journée éprouvante. Les yeux baissés, j'entends au loin les rires et les cris, les balbutiemments et les mots étouffés. 

Le monde ne s'arrête jamais, même quand tu es à la dérive. Les jours précieux se font rares et les moments cendres réduisent en fumée l'attente. Une poignée de minutes peut se transformer en éternité. L'Eden n'est pas prêt d'arriver. C'est dommage, j'avais préparé du thé. Des jours qui passent et qui reviennent. Toujours les mêmes.