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A la base, t'avais le choix. Rester terrée chez toi, à t'abrutir devant un énième teen movie ou te déterrer de ton canapé et aller à cette soirée.

Au final, t'as passé le plus clair de ton temps sur la balançoire, un verre à la main. Le khôl qui te coulait le long des joues, emmitouflée dans un manteau qu'on va qualifier de vintage parce que ça donne plus de gueule (mais c'est juste qu'il est vieux, quoi). T'évites de parler aux autres et tu te contentes de crever de froid en silence, peut-être même de crever tout court, va savoir. La cigarette que t'avais auparavant entre le majeur et l'index te manque. Tu te demandes même pourquoi t'as arrêté la clope, pourquoi t'as arrêté la gniole, tout ça. T'étais tellement mieux quand t'étais pas là, quand t'étais plus avec toi. Quand t'arrivais à faire fermer ces gueules à toutes ces petites voix. Celles qui t'infligeaient des douleurs sans nom, alors que tu le méritais même pas.

T'as des plans séquences dans le crâne, où tu te vois te lever et t'embarquer au large. Mais à toi on te l'a fait pas, pas du genre dupe, rien que du mirage. Blocage intensif. La désagréable impression d'être la connasse du film. Celle qui veut dégueuler le truc mais qui restera juste sur le carreau. La pitoyable de service, paumée entre ce qu'elle est et ce qu'elle ne sera jamais. C'est que ça arrive toujours quand on s'y attend le moins. Quatre heure de sommeil dans la gueule, les nuits passent en filigrane. Ta cervelle marche à l'envers et tu sens un truc qui te bouffe au plus profond de ton âme. Mais une fois de plus, tu montreras que dalle. Trop fière, mais t'as jamais vraiment compris pourquoi. Peut-être juste une histoire de danger. Quand l'autre commence à s'approcher de trop près. Cet autre qui amasse les points, qui gagne du terrain. Facilité déconcertante, il t'a foutu à terre, sans que tu comprennes. Et t'as pas envie d'avancer vers cet inconnu les yeux bandés. Parce que c'est pas comme ça que les choses devraient se jouer et tu le sais.

Dehors, c'est calme. T'aimes sortir quand il fait noir. T'as jamais eu peur de l'errance, des sales rencontres au coins perdues. Quelque part, c'est ce que t'as toujours recherché. Les plus belles robes, t'as jamais vraiment su les porter. C. s'avance vers toi. Grande, blonde, le teint blanc, livide, presque transparent. Elle aurait pu être mannequin si elle l'avait souhaité, mais comme toi, elle a choisi un chemin de traverse, celui de l'échec et de l'oubli programmé. Elle s'installe à tes côtés et reste silencieuse, mais tu savais ce que ça signifiait. Tu la voyais pensive, son esprit devait bouillonner de ces mêmes questions auxquels t'avais jamais vraiment réussi à trouver de réponse. Ses yeux fixaient ce monde que vous aviez connu. Ce monde qui était en train de glisser, doucement, imparable. Mais personne n'a réussi à sortir ces mots coincés dans la gorge.

Il est peut-être temps de changer.

splendid . you and me