4554546465654


Je sais pas trop si c'était à cause d'une synchro de merde, ou alors d'engueulades qui m'avaient échappées. Fab me glisse à l'oreille que c'est parce la strip teaseuse a décommandé (son chiard dégueule tripes et boyaux, alors tu comprends, elle a autre chose à foutre que d'enfiler son string perlé) (enfin bon, je vous cache pas que j'étais déçue, ça allait être baptême du feu, une strip teaseuse, j'ai le fantasme du billet qu'on glisse dans la petite culotte depuis la pole dance de Lindsay dans IKWKM). Alors donc ce soir là, trop d'absents, avec des excuses valables en plus et ça m'a rendu un peu triste. Faut dire que pour la plupart, ça frise déjà les trois décennies au compteur (voir quatre, quand c'est pas cinq), même que pour certains, ils ont un job stable et une nana qui les attend au pied du lit alors forcément ils peuvent pas, c'est les obligations, le monde adulte, ils sont fatigués, même pour baiser, non vraiment, faut pas insister. Et donc comme moi j'ai ni taff ni mec allongé sur le billard, j'avais que ça à foutre de me retrouver au milieu de cette bande de vieux roublards classé patrimoine alcoolique.

Bon, j'admets que j'ai eu un peu de mal à me décider. Je voulais y aller comme on va au musée. Emmerdée d'aller assister à ce spectacle de morts vivants. Tous ces trucs qui appartenaient à un passé que je tenais à effacer. Qu'est-ce qu'il y avait à monnayer, franchement? Même pas de la légende branlante. Fab voulait que je sois présente pour amuser son fiston, carrément éteint depuis environ toujours, et qui, pour une raison inconnue, arrivait à retrouver un minimum de sa splendeur naturelle dès que je me pointais à l'horizon. Pas un chaos sentimental, ou un truc dans ce parfum là. Nan. Quelque chose de beaucoup plus profond. Un lien différent. Qui nous a toujours uni sans vraiment savoir comment il pouvait bien tenir. On savait juste que c'était là et au final ça nous suffisait bien.

Je suis donc arrivée en avance. Et ils étaient déjà tous là, forcément. Ces gueules cinglantes aux âmes de survivants. Je disais toujours d'eux que c'était un peu la dernière enclave populaire, carrément perdue dans un quartier qui décédait peu à peu en silence. Tous là, accrochés à leurs idéaux qui puaient le rance. Que ce soit dans la rue ou accoudé au bar de n'importe quel bistrot, du moment que ça servait sans modération. Des luttes qui s'effilochaient dans les mémoires minés par le désespoir. Dans le genre à refuser de vivre à genoux, et surtout pas des amen à jeter sans grand sens à tout va. Leurs plans tirés à l'aveuglette, c'était même pas du grand. Mais ils y croyaient et c'est tout ce qui importait. Sauver ce qu'il y avait à sauver. Même si dans leurs combats cendrés il n'y a plus rien à faire flamboyer.

A peine je suis rentrée que je me suis calée près du gosse qui a mon âge. Le seul dans l'assemblée. Un type qui se traîne des faux airs de Léo (époque Romeo + Juliet) avec une pure descente de star hollywoodienne. Le genre de gars qui réalise pas le potentiel baisable qui se dessine au creux de ses reins. Faut dire que les filles lui foutent une trouille pas possible quand elles s'approchent de trop près, ce qui a toujours eu pour effet de me faire marrer. On a pas mal philosophé sur l'aquarium de l'hôte de la soirée, et accessoirement son père, Supernova (surnom donné en rapport à Liz Phair qu'il a failli serrer lorsqu'il bossait aux USA) (ce qui, dans mon monde, équivaut à un respect total et éternel). Le truc à l'aspect glauque, qui trône là dans son salon on sait pas trop pourquoi. Des poissons inconnus au bataillon, à se demander si durant toutes ces années, ces petites bêtes se sont pas fendues la poire à base de partouze maritimes, donnant lieu à des croisements assez surréalistes (cf quand tu commences à parler consanguinité chez les poissons c'est que t'as atteint un sommet d'ivresse jamais égalé et qu'il est temps que tu t'arrêtes, vraiment).

Les gars m'ont demandé ce que je devenais. Ils ont pas pu s'empêcher non plus de me lancer dans la gueule des souvenirs de quand j'étais gosse. L'un d'entre eux s'est mis à se rappeler quand Le Gros me faisait faire la tournée des bars pour montrer aux autres comment je jouais bien au flipper. Faut dire que j'étais connue dans le périmètre. La petite blonde pétillante au violon de poupée. Qui attendait avec ses parents l'heure pour ses cours de musique dans l'école d'à côté. Pipette grenadine et petits noeuds dans les cheveux. Aujourd'hui j'étais toujours la petite blonde, mais sans ses rêves de bohème artiste. Plus vraiment mignonne, les traits tirés et le regard fuyant...

Supernova se met à raconter ses souvenirs de guerre. La fois où il a gerber dans un taxi avant de se tourner vers le chauffeur, et de lui lancer qu'il avait pas un rond pour payer la commission. Sa pseudo rebellion de bobo à 20 piges et tous ses fantômes des nuits passés qui l'ont conduit à être ce qu'il sentait être sa profonde nature, sa véritable raison de vivre. Les skeuds en résonance continuelle dans son crâne de petit merdeux qui voulait cramer le monde. Un flot d'alcool pour lui, un flot de kérosène pour les autres. Tous ces éclats de verre laissés derrière lui, histoire de retrouver son chemin quand son cerveau aurait fini par s'échouer, ivre mort, perdu dans une épaisse brume alcoolisé. Il avait les yeux explosé par la nostalgie, je pensais, il va se mettre à pleurer, presque sûre. Il regardait son fils. Bordel, à ce train là il va finir par lui dire qu'il l'aime. Mais non, pas son genre, j'oubliais...

Et puis je le revoie dans la petite cuisine, il y a quelques mois. Assis à la table devant une bouteille de rouge. M'expliquer pourquoi il n'y a jamais eu de mère, dans l'histoire. Qu'il aurait tellement aimé que ça marche, mais qu'il y a des choses, des choses qui se commandent pas. Je le regardais, ses yeux perdus dans le vide. On était jeune, qu'il disait. Elle m'a jamais menti, pourtant. Quand elle me répétait qu'elle pourrait pas supporter. Mais moi, je l'aimais quand même un peu. Et je croyais naivement que ça allait suffir. Tu vois le genre? Elle voulait d'une vie en couleur, convaincue d'en valoir des tonnes. Prête à parier qu'on allait se l'arracher sur le marché. Chanteuse karakoé le samedi soir et candidate à la roue de la fortune, ses beaux instants de gloire. Prendre la place. Jamais fatiguée d'y croire...

queen adreena .
pretty polly