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Nan mais sérieux, qu'est-ce que tu veux que je te raconte? Y a bien mes boots de biker qui m'écorchent les pieds mais franchement, on s'en cogne un peu. Je me demande si je vais pas me retaper une année en intérim. Dire non à tout ça, genre enfant pourrie gâtée. Les mois à gratter le taffe comme une chiennasse pour balayer ça d'un revers de main. J'aime tellement mon parcours en dent de scie, quelque part. Arrêter de bosser pour me consacrer à l'écriture. Encore. En me disant cette fois-çi que je ferai ça sérieusement, soigneusement, et pas sur un coin de table, comme la dernière fois. Faut dire que c'est ça, mon plus gros problème. Je crois naivement que stopper la mascarade ça va m'encourager à taper plus vite sur ma machine à écrire. Que dalle. C'est juste que je suis tellement guidée par la féniantise. Et puis faut dire que j'ai la raison qui en a grave bouffé ces dernières années. Sans doute pour ça que je suis pas réaliste. Sans doute pour ça que j'arriverai à rien. Je suis le genre de fille à baliser devant son frigo pour savoir si elle va reprendre du cherry cola alors bon, les grandes décisions et tout le bardas, c'est clairement pas pour moi.

Cat me rejoint à la terrasse de ce nouveau café qui a ouvert sur la grand place. Un truc sacrément chicosse, où on te verse des boissons improbables dans des tasses high tech, tu te croirais dans un navet hollywoodien futuriste, limite tu te demandes si la serveuse c'est pas un clone, un personnage tout droit sorti de l'univers de Luc Besson, je sais pas, vraiment très 5eme élément. Là, avec sa coupe au carré, pas une mèche qui dépasse, ça m'a encore plus angoissé que les tarifs pour un thé. Ca m'a semblé drôle qu'elle me donne rencard ici. Parce qu'une ex punk à clébards, tu l'attends partout sauf dans un bar bobo au nom suédois ou norvégien ou je sais pas quoi. Elle arrive à l'heure et sent un peu comme chez Sephora. Elle a une jolie robe à fleur, les cheveux propres (où je redécouvre avec stupeur que oui, elle est blonde) mais a tout de même conservé son piercing à l'arcade sourcilière parce que merde, faut quand même conserver son rang. Je la regarde et je trouve ça drôle, cette tentative de réadaptation dans le vrai monde. Elle m'explique qu'elle a lâché la communauté (bah ouais beaucoup moins confortable que chez papa maman), qu'elle en pouvait plus de ce quotidien de baltringue (j'imagine, dans ton squat y avait même pas de piscine), que c'était une artiste avec de vraies ambitions (le fait que ton père te paie un appart à Londres pour peindre ne fait pas de toi une artiste, chérie) et que voilà, elle s'en foutait royalement de trainer dans des concerts de groupes qui ne savaient pas tenir un instrument (bon là, j'admets). Bien sûr, elle dit pas, Nicolas va lui manquer (tu m'étonnes, à moi aussi il va me manquer) mais c'était pas un type pour elle. Il lui faut un garçon sage, stable, un peu comme le mien (attends, tu laisses Bogdan en dehors de ça, c'est pas de sa faute s'il est psychorigide) (et puis de toute façon c'est plus trop mon mien en ce moment alors on clôt le débat). Attentionné, rassurant, protecteur (je crois que t'as oublié riche), avec de vrais buts dans la vie (et une vraie porsche aussi) et capable de l'aimer pour ce qu'elle est (donc dans le package on évite de mentionner tes seins en sillicone si je comprends bien?). Que vraiment, faut pas exagérer, elle en demande pas trop, juste un peu de bonheur, vraiment le minimum syndicale (nan, déconne pas, lâche pas la porsche, quoi). Qu'elle en a marre des plans à deux balles, qu'elle veut se poser, se reposer, et pourquoi pas affronter le monde (chaussée de tes jolies Louboutins...LOUBOUTINS? Mais depuis quand tu portes des Louboutins? J'en ai jamais vu d'aussi près, j'peux toucher?). Bref, une nouvelle nana pour une nouvelle vie. Toute la carrosserie de retapé. Etat presque neuf parce que bon, faut pas charrier. Tellement émouvant qu'elle aurait pu me faire chialer. Mais c'était sans compter. Le monde bouge. Et moi, je reste toujours la même.

faunts . it hurts me all the time