HotelBristol

Nan mais sérieux, j'ai le droit de rire? Parce qu'à part prendre une bière, m'asseoir et regarder, je vois pas trop quoi faire. C'est pas que je suis du genre à me bidonner sur la misère humaine mais bordel, y a juste des moments où ça s'impose à soi, lumière aveuglante, tout le bardas. Alors tu vois, je me suis plantée devant lui, grand silence, et j'ai attendu. Un signe. Une colombe, une pute à trois nibards, n'importe quoi. Au final j'ai écrasé une petite larme et j'ai fermé ma gueule. C'est pas pour aujourd'hui le miracle. Il était juste là, pantelant. Avant même de venir, je savais déjà que ça allait m'énerver. Pour situer, j'avais autant envie de braver ma misanthropie du mercredi pour aller le voir que de me faire exciser à la scie sauteuse. Mais j'avais des courses à faire chez anciennement Leclerc, je pouvais me permettre un crochet. Je tape frénétiquement du bout des ongles sur la table, histoire de le faire bouger mais je comprends bien vite que c'est peine perdu. Il est pas réceptif, si j'avais su je serais restée chez moi pour mater Derrick sur Trance 3, la seule chaîne qui te rend stoned sans même foutre le nez dans la poudreuse. D. me lance des regards réprobateurs, ça en dit long. Fais un effort, quoi. Toi aussi tu t'es déjà fait piétiner le coeur, toi aussi tu t'es noyée dans tes larmes, toi aussi...OH TA GUEULE. Je sens qu'il va pas tarder à me citer du Alizé Meurisse, pour que je comprenne bien toute la dimension tragique du moment, perdue en plein milieu d'un café PMU, entre un vieil alcoolique qui pue le rouge et une peau fripée enroulée dans un cuir qui s'émiette, aspergée de parfum bon marché de la tête aux pieds. Je me dis qu'il est peut-être encore temps de fuir, je suis pas loin de la sortie. Ni vu ni connu. Se faire la malle, discrétos pendant que l'autre cuve ses séances de baise au dessus de son verre.

Mais non, c'est pas gentil.

(Gentil, qu'est-ce que j'ai horreur de ce mot. Le mec qui l'a inventé était forcément un con).

Et c'est là que j'ai compris le problème. J'ai réalisé à quel point certains types peuvent être gentils. Gentils à s'en rendre malade. Mais pas dans le registre chiale à la petite semaine. Vraiment un truc costaud que même la fille la plus Sisi l'impératrice de la planète n'a jamais expérimenté. A quel point il est facile de leur faire du mal, de les tordre et de les casser, à la manière de ma nièce et de son Ken préféré (on cherche toujours sa jambe gauche d'ailleurs)(cette petite sera redoutable). Cette capacité que quelques nanas ont de leur enfoncer bien profond les doigts dans la prise et attendre le court circuit, jambes croisées, petits gâteaux et tasses de thé. D'un calme pas possible outrageusement affiché sur leurs faces, glaciales.

Respect.

Son regard se perd dans son verre. Il attend sûrement que je dégaine mon flot de conneries. Mais on est pas dupes, ça nous avancerait à que dalle, tous ces discours. Dans ma tête, je fais la nique au silence qui nous entoure. Je me récite ce que je crève d'envie de lui dire. Que franchement, les filles d'aujourd'hui c'est rien que des psychos rigides frustrées, moitié stupides moitié hystériques. Deviens pédé, t'auras plus de chances d'être heureux. Ou alors mets-toi à boire, tu verras, ça te comblera. Mais te maque jamais. Pas avec un vagin sur pattes. Un chien, ok, mais pas au delà. Même si on te fout le canon d'un flingue dans la bouche. Et puis toutes proportions gardés, on craint un max, même qu'on veut l'égalité des sexes. Ridicule. On achète des magazines qui nous disent comment mourir de faim et quels vêtements acheter pour avoir l'air encore plus mal fichu qu'on est à la base. Tu vois à quel point on se monte le bourrichon avec des bêtises. Y a des fois aussi où on essaie de réfléchir. C'est ce qui provoque des catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre, ou encore Isabelle Alonso. Pas gérable, ça va t'anéantir et t'as pas les épaules pour ça. Nan vraiment, n'insiste pas. Et puis ta copine, elle était pas vraiment terrible. Même pas un peu intelligente pour rattraper le coup. Dramatique. Faut dire que t'as jamais su les choisir. Même quand il s'agit de m'offrir un bouquin, tu merdes neuf fois sur dix, alors t'étonnes pas. Et puis t'as une tronche qui appelle l'échec. Je comprendrais jamais pourquoi tu t'obstines. Ah, t'es de la race des rêveurs. Mes plus sincères condoléances.
Et puis bon, sérieux, vous n'aviez pas grand chose en commum. Elle avait une gueule à réclamer une ballade sur l'avenue Montaigne. Et toi, t'étais jamais allé plus loin que ta meule de foin. Elle se faisait des plans de vue à la Godard, s'imaginant Jean Seberg dans une superbe décapotable, avec un Belmondo au volant, sexy as usual. Mais ce qu'elle avait récolté au final, c'était rien qu'un décor d'une mauvaise production porno amateur, et toi, t'étais même pas la bite star, juste le livreur de pizza.

Rends toi à l'évidence, toute cette histoire, elle était foutu d'avance.

pentangle . travelling song