454456

Sans chiquer, j’ai jamais eu la tête solidement ancrée. C’est un truc qui a toujours collé l’admiration. Les gens se demandaient vraiment comment je pouvais tenir avec un bataillon de l’armée dans la crâne. Sensation étrange, pas concevable pour un type lambda. Trois quatre jours de gnole, à dégueuler tripes et boyaux. Bouffer le pissenlit par la racine en se gavant de médocs pour faire genre y a pas de souci. Vertiges incessants, nervosité ambiante. Ce bruit, c‘est mes doigts qui tapent en cadence. Le sommeil en berne et l’adrénaline qui crève le plafond, parce que plus que ça pour te sentir vivant. Les idées fusent, vont vite, aussi vite que la lumière. Un pur esprit, qui se nourrit de ce qu’il voit ou de ce qu’il vit. Rien d’autre n’a d’importance, c’est ça le deal. Même si y a pas de sens, tu connais plus que ça. La peur. La douleur. Des lendemains qui se ramènent en trombe et du passé qui veut plus partir. Du paysage en noir et blanc, plus aucune nuance.

Quand j’y repense y a une pointe de tendresse qui se profile à l’horizon. Des souvenirs liquides, qui se piquent à ma cervelle ramollie. La douce époque, où il suffisait de descendre au drugstore du coin et choper un peu de morphine sans ordonnance. Quelques chinois qui fumaient de l’opium aux fenêtres, et qu’on trouvait ça presque normal. C’était le temps où tout foutait le camp et où pourtant y avait la rage de vaincre. Balourder au placard ce qui empêchait de respirer et se foutre en poussière, pour l’éternité. Comme une évidence, se taper dans le silence. Aucunement la fin, peut-être même l’infini. Des regrets présents, des remords latents. Les paroles qui rongent le mental et foutent un goût amer au total. Poser les couteaux et se calmer, desserrer les dents, pas de raison de se caler absent.

Sur les murs ombragés, fissures de l’âme effritées en de la caillasse de mauvaise qualité.

Je rêvais souvent d’aller voir du pays à bord d’une caisse cradingue. Suffisamment de dope dans le coffre pour tenir durant le voyage. Des blessures qu'on panse, et des désirs qui reviennent à la charge. Des grésillements qui laissent la place à des sons audibles. Réaliser que la merde, elle est derrière soi, et que si on continue de rouler, peut-être qu'on pourra finir par la paumer, si on croit assez fort. Rencontrer des visages plus tordus les uns que les autres, des raclures en tout genre, vraiment. Sauvages, braillards, foutus. En un rien de temps sur la route, vieux standards américains qui résonneraient comme des hymnes à la gloire...

20/06/06