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Ces dernières semaines, je me suis faite plutôt rare. Peut-être parce que j'avais plus envie de vivre les choses que d'en parler pendant des heures. Et je reviens ici, avec l'impression dégueulasse de pas avoir fait ce qu'il fallait. D'ordinaire, j'emmerde ce que je pense, mais là, c'est différent. Crispée, silencieuse. Noyée dans son regard alors qu'elle n'attendait qu'un truc, que je l'ouvre, sans le moindre calme. Que je lui gerbe dans la gueule ma morale à deux balles et qu'on en reste là. Mais au lieu de ça, je suis restée assise et j'ai allumé une cigarette sans me soucier de lui coller le cancer parce que de toute manière, elle va crever, c'est les docteurs qui l'ont dit à son père. Plus qu'une question de temps, ça lui ronge déjà le bide d'avoir trop vécu à la petite. Elle se balance sur elle même, essaie d'articuler quelque chose mais sa machoire est sclérosée, tout autant que sa cervelle foutue en bouillie par l'héroine. Je la regarde et pendant un instant j'essaie de revoir ma môme du ce2. Celle qui portait toujours ses jolies petites jupes plissés et ses souliers vernis. Mais rien à faire, ça se brouille en ombre humaine, froide et laide. Les joues creusées et les mains qui tremblent alors qu'il fait une chaleur à tomber. Perdue dans un fute qui pue le rance, elle jure dans le décors de cette chambre qui, il n'y a pas si longtemps, abritait encore une petite fille et ses poupées Barbie. Une petite fille qu'on s'est chargée de piétiner jusqu'au sang et qui en garde les stigmates. Je descends et regarde les murs qui ne m'ont jamais parus aussi vides. Sa mère, dans le canapé, est amorphe devant la télé qu'elle ne regarde même pas. Les images crachent les seuls sons qui tendent à rendre l'endroit un tant soi peu vivant. Je me dirige vers la cuisine et je prends un verre d'eau, pour elle. Gestes précis, et lents. Comme si je voulais que ce moment dure toujours. Sans avoir à l'affronter une nouvelle fois. Cette chose qu'on ne peut combattre. La der des ders qu'on s'était juré, mais sans cesse à tes basques. Ca te poursuit toute cette merde et t'y peut rien. Même plus la force de pleurer, même plus la force de regarder les choses en face. Oublier autant qu'on peut, et attendre, une heure, un jour, aussi longtemps que possible. Qu'elle lâche son dernier souffle, et rentrer chez soi.

Et puis lui en vouloir, lui en vouloir de vous infliger ça. Lui en vouloir de pas y avoir penser, lui en vouloir de partir comme ça, à la dérobée. Lui en vouloir de te rendre aussi conne, lui en vouloir de te rendre si impuissante face à tout ça. Lui en vouloir de tout, même si dans le fond, elle ne t'avait pas menti lorsqu'elle disait qu'un jour, elle s'en irait pour de vrai. Lui en vouloir alors qu'il n'y a aucune raison valable, juste la trouille grandissante de te replonger là-dedans. Impression de déjà vu, semblable, palpable, reconnaissable. Une erreur, une putain d'erreur.

Je laisse tomber le verre, il se brise. Je regarde les morceaux mais ne les ramassent pas. C'est trop tard, je pense. Personne les ramassera. Plus jamais.

jackson c frank . milk and honey