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Je veux des patins à roulettes. Des patins à roulettes comme ça. Vieilles, et sales. Et un peu gamine sur les bords. C'est ma lubie du moment. Des patins à roulettes alors que plus personne se balade avec ses saloperies aux pieds. C'est peut-être du au fait que j'en ai jamais eu, étant petite. Alors maintenant j'en veux. Pour que ça aille avec mon baladeur cassette jaune.

Café noir à la terrasse. Lunettes de soleil vissées sur le nez et blazer manches 3/4. Aude me rejoint. Des années sans l'avoir vu. Elle se ramène. Grande, élégante, élancée. Une beauté pas vraiment conventionnelle. Froide, blonde, scandinave. Si elle était pas aussi fun, sans doute que je la détesterais de toute mes tripes. On parle de magazines, trucs de filles. Comment on s'emmerde en soirée maintenant et pourquoi cette fille qui traverse la rue est forcément psychorigide. Elle me raconte qu'elle veut devenir lesbienne, juste pour pouvoir se taper Sasha Grey et puis que là, elle est grave vénère d'apprendre que son frère, ce héros, réhabilité depuis peu dans le porno va sans doute la gang banger d'ici quelques mois. J'acquiesce, surtout que son bro, il est moche. 15H36, on veut donc se faire greffer un pénis.

Elle commence alors à attaquer le sujet sensible, dans son genre qui la caractérise si bien. Grossière et pas crédible dans l'amie qui vous veut du bien. Elle me demande si j'ai réfléchi à tout ce bordel, si je compte donner une réponse, là, maintenant, tout de suite.Je lui raconte l'histoire du coup de fil. Comment j'ai déconné, à 2h du matin. Et puis surtout comment il m'en a pas tenu rigueur, et qu'il m'a répondu, dans les vapes, que même si je lui tendais un flingue en plein entre les deux yeux, il reposerait la même question, sans la moindre hésitation. C'est qu'il est fort, c'est qu'il a peur de rien, c'est qu'il est pas du tout comme moi. Je sais pas d'où ça lui vient, cette façon d'être aussi calme, même quand je lui colle dans la gueule tout ce que je suis, pour de vrai. Comment il est foutu de mesurer les dégâts engendrés dans mon crâne et de pas s'enfuir en courant. Je crois qu'il m'aime et que moi pas vraiment. Et je trouve ça injuste et dégueulasse. Un prince charmant, avec le sourire bright. Et fallait que ça tombe sur ma gueule. Et ça me déstabilise, que ça en crève dans la poitrine. Pas prête pour ça, même pas un petit peu. Y en a qui sont douées pour ça, et d'autres non. Des fois, j'aurais aimé être de ce genre là. Capable de trouver les mots justes ou la bonne robe.

C'est que je veux que tout le monde soit comme moi, triste et malheureux. Alors, quand j'en ai l'occasion, j'essaie de les rendre aussi triste et malheureux. Peut-être pour me rassurer, peut-être pour me persuader qu'il n'y a pas de quoi baliser. Que je suis pas toute seule dans la même galère. Egoiste.

Un peu sonnée, je rentre chez moi en utilisant des détours de malade. Pas pressée de rentrer. Jamais. Je marche sur les rebords de trottoir, comme une gosse. Pas une voiture, pas une âme. Seule, complétement seule.

bang gang . the world is gray