30.06.09
haunted beach party

Hep, vous, là, reposez vos couteaux, elle n’a plus jamais écrit aucun
livre après ça, tout doux, du calme, reposez les excréments que vous
tenez en main, la merde ne s’enfuira pas, la merde peut attendre
quelqu’un de mieux, tu ne vas quand même pas la gâcher, ta bonne merde
à toi, pour une ménagère de moins de cinquante ans, qui marche dans son
appartement en traînant derrière elle l’abdomen de son aspirateur et
fait un truc, genre, mais pourquoi elle fait un truc, dis-moi, mec,
comment tu peux faire quoi que ce soit, si personne ne voit ce que tu
fais, si personne ne regarde, si tu restes à la maison. Dans son salon,
il y a un mur couvert d’articles, devant lequel elle s’arrête de temps
en temps et elle se touche dans la région des parties génitales et de
la cage thoracique, des coupures de journaux toutes protégées avec du
film plastique, elles les connaît par cœur, mais ça ne fait pas de mal
de les relire encore une fois, bien sûr, que des critiques positives,
elle change l’eau des fleurs qui sont posées devant, elle allume des
bougies parfumées, elle plante des sapins de Noël dans le parquet, sur
ses photos, elle corrige le blanc de ses dents avec du blanco, et tout
ça, ça dit : c’est fini!
Tchatche ou crève, Dorota Maslowska
***
Immersion totale. Je suis toujours comme ça, quelques jours avant le départ. Dix putain de jours durant lesquelles je vais attendre ma sainte traversée sur la highway. A errer de coffee shop en chiottes dégueux. A observer la décrépitude du paysage au fur et à mesure que la bagnole roulera. Là où l'herbe sera jaunie et sèche et les arbres l'ombre d'eux mêmes. Foutrement morts tout ça. Des camions par dizaine qui se feront la nique et des putes en âge de jouer à la poupée sur le bas côté qui réclameront du client via des décolletés plongeants. L'ambiance pas nette, où les églises cotoieront des bars avec gogo danseuses pour le plus grand plaisir des alcooliques du coin. Il y aura aussi des honnêtes gens, qui pueront la naiveté chrétienne en dégobillant des discours dépassés sur comment faut bien prier sinon on ira tous crâmer en Enfer. Et puis les vieux qui regretteront le mauvais temps, mais qui n'était finalement pas pire que maintenant. Les illusions perdues qui se liront dans leurs yeux qui en ont trop vu. Blasés, pas d'autre mot, tellement plus rien n'atteint. Il y aura ces nouveaux riches, à vomir avec leur résidence et leur piscine. Qui claqueront le fric imaginaire qu'ils pensent avoir amassés toutes ces années. Fringués Hugo Boss de la tête aux pieds, à boire du champagne la nuit dans des boîtes atrocement immorales mais où on se sent si bien. A parler marché et actions comme s'ils baignaient là-dedans depuis cent ans. Il y aura tout ça, pendant six semaines.
Et puis il y aura beaucoup de chaleur et pas mal de poussière. De la Bols et des cigarettes Vogue. De la musique et pas mal de livres. Des sundays à la cerise et du chocolat à la framboise. Le temps en suspend, calme, doux, léger. Rien en trop. Se permettre de traverser les villes les yeux fermés. Odeur familière. La maison. Pas mieux.
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