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You can run but you can't hide.

Ca résonne fort. Crade et délabré. Comme une vérité qui t'égratigne bien fort. Ca m'a soulé de découvrir ce truc. Même si quelque part, je le savais déjà. J'avais pas envie de l'admettre. Jamais. Trop fière pour ça. Lâcher l'affaire, c'était un peu comme me foutre un flingue sur la tempe et presser le bouton exit en mode trash. Je mériterais sans doute pas mieux même si dans l'ensemble ça ferait un petit peu théâtrale. Mais c'est mon côté slave qui ressort dans ces moments là. A toujours vouloir en foutre des caisses, genre pour bien faire comprendre aux personnes en face que je crève 24h/24.

On est fin juin et je suis tellement à la bourre sur mon manuscrit que ça friserait la psychose en temps normal. J'aurais déjà du déployer un putain de plan de sauvetage, en m'enfermant dans ma chambre, un ventilo dans la gueule et une cargaison de cherry coke et de cookies sur la table, à osciller entre des piques d'angoisses intolérables et des moments de flottement post caféine en tout genre. Rédiger une page toutes les dix minutes, profondément inspirée et la concentration à l'épreuve des balles. Je ne vivrais plus et je me laisserais emporter dans un véritable tourbillon arty. Plus d'heures ni même de jours. Des sommets d'orgueuil en jeu. J'en claquerais de sommeil mais rien à foutre tant ça serait plus fort qu'un trip sous acide. Mais au lieu de ça, je branle du vent, sourire de conne à la fenêtre, en regardant passer des clebards moches et leurs vieilles maitresses qui s'effritent, laissant derrière elle leurs années en morceaux. Je pense à beaucoup de choses mais pas à travailler, ou pas autant que je le devrais, et ça c'est délicieusement mal. On commence sérieusement à m'engueuler, tellement j'ai l'air de prendre ça au dessus de la jambe. A me regarder de traviole, genre ça y est, je suis retombée dedans. Vous savez, mes sales habitudes qui consistent à se barrer loin. Que dalle.

Je me refais la totale John Waters pour m'occuper et je me dis que j'aurais vraiment du faire ça depuis longtemps. Ca remonte ce truc, vraiment. Tellement freak, tellement débile, tellement Waters, quoi. Tous ces personnages si laids, décrits sous l'angle le plus beau du monde. Et avec le sourire en plus. De bonne humeur, presque surhumain. Ca m'a suffit. Pour le moment. Même plus terrorisé à l'idée d'en voir des belles à la sortie, parcours exemplaire. J'attends la suite, avec impatience. Angoisse mêlée à de la pure frénésie. Quelque chose de neuf, improbable. Y a quelques mois, j'aurais avancé l'excuse bidon que c'est ruiné. J'aurais ruminé le truc jusqu'à l'implosion, et puis basta. Je me serais littéralement épuisée à base de conneries. Dans l'ensemble, j'aurais fait croire que j'ai essayé. Essayé si fort que j'en aurais broyé mon makeup. Et puis j'aurais finalement opté pour la glorieuse fin, celle où je me serais écroulée, avec "cause perdue" gravé sur mon front. Théâtralité de merde, je vous dis. Et au lieu de ça, je commence à y croire, un petit peu. Je me demande si c'est pas le début de la fin, commencer à casquer ça sur un ton confiant.

Je me demande si j'ai pas fini par oublier un truc important, dans l'histoire.

placebo . kitty litter