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C'était pas du genre facile tous les jours. La sanglante qui se pose à l'aise sur ta face perdue à jamais. Médiocre en toutes circonstances, la déglingue qui puait de la gueule. Les heures tournaient un peu dans le vide mais ça te marquait pas plus que ça quand il était dans les parages. Après tout, vous en aviez vu d'autres, pourquoi pas continuer dans ce goût là? Personne qui venait faire chier, vous étiez un peu les rois du monde cramés à même le sol. La bouche qui s'ouvrait, se refermait, mais les paroles étaient toujours absentes. A se poser des jours durant dans un canapé miteux, à s'empiffrer de junk food en attendant paisible qu'on vienne vous arracher de ce désordre qu'on qualifie aujourd'hui de trash...

Putain, le trash, parlons-en. Je dis ça parce que lui, il aurait pu en faire une thèse tu vois. S'il voyait tout ce que je peux voir, il en atomiserai des gueules. Quite à les enculer bien profond par la même occasion. Il aimait pas qu'on cause de drogues, et de fausse lassitude taxée cosmo dans un club branché de mes boules. Il les sentait à des kilomètres à la ronde, et se levait toujours d'un bond quand une pétasse friquée venait se coller de trop près. Il aimait pas son rang. C'était le snobisme du riche. Il aimait vraiment pas ça. Quand je disais que de toute façon, il ne faisait que se dévergonder. Ca m'a valu ma première beigne, quelque chose de noir et moche sur le coin de l'oeil. Il laissait trainer ses billets derrière lui, espérant ne jamais les retrouver. Se la jouait toxico pour finalement se laisser grignotter pour de vrai. Ne chialait jamais, mais s'engouffrait inéxorablement six pieds sous terre. Il ne voyait plus la lumière mais l'ombre lui suffisait. Il se réalisait pour la première fois de sa vie. Dans son pardessus griffé quoi déjà? Je sais plus mais ça valait pas mal de flouze, il arpentait les rues de Paris en ma compagnie. Me montrait ce qu'il voyait sans jamais vraiment comprendre pour je ne voyais pas comme lui. Les pillules, amour, les pillule. Sans doute, oui. Il s'amusait à compter les jours qu'il lui restait, trépignait d'impatience à la vue de ma majorité qui me paraissait bien lontaine en ce qui le concernait. C'était un mec équilibré, il voulait toujours être dans la légalité quand il me touchait. J'en avais rien à taquer de ses longs discours qui ne me parlaient pas plus que ça. Aujourd'hui je le regrette parce que c'était pas toujours aussi débile que je pouvais le penser.

On revient pas en arrière. C'est pour ça qu'il faut tourner la page pour de bon. S'gratigner une dernière fois avant d'oublier. Personne a dit que c'était facile. Mais nécessaire, oui.

cold war kids . cryptomnesia